D’où vient cette passion pour la calligraphie? Quelle a été votre formation ?
C’est à l’École des Beaux-Arts Saint-Luc, à Gand, que j’ai découvert la calligraphie et où j’ai suivi une formation de graphiste. Nous avions quelques heures de calligraphie, un cours dispensé par le professeur Jef Boudens, l’un des seuls calligraphes en Belgique à l’époque. Son amour pour cette discipline et son enthousiasme ont suscité ma curiosité, mais j’ai très vite compris que son enseignement était un peu dépassé, et qu’il me fallait trouver une autre solution si je voulais vraiment apprendre ce métier, qui n’en était plus vraiment un, car il n’existe pas d’école de calligraphie, ni en Belgique, ni ailleurs. J’ai eu la chance de rencontrer l’un des plus grands calligraphes français, Claude Mediavilla, lors d’un premier stage de calligraphie qu’il animait en Provence. Ce premier stage a été suivi par d’autres, puis à la fin de mes études, je suis venue m’installer à Paris, où je suis devenue l’assistante de Mediavilla. Notre collaboration a duré pendant près de 14 ans.
L’éventail et la qualité de vos réalisations montre l’étendue de vos connaissances en matière d’arts graphiques. Qui sont vos clients ?
Je travaille pour une clientèle très large. Parmi celle-ci, des éditeurs pour qui je réalise la conception graphique de plusieurs revues et livres d’art. D’autre part, je conçois des logotypes, des papiers à lettre ou des cartes de visite, je réalise des diplômes, des arbres généalogiques… Des particuliers font aussi appel à mes services, j’écris des calligraphies ou des poèmes sur commande. Je fais également des illustrations botaniques.
Vous avez travaillé à Paris durant plusieurs années, pourquoi êtes-vous partie vous installer en Province ?
À vrai dire, pour mieux respirer… Mon mari, Carlos Sanchez-Alamo,qui est
relieur d’art, et moi avions le projet d’ouvrir un atelier-galerie depuis quelque temps, mais vu le prix trop élevé des loyers à Paris, nous avons trouvé finalement un magasin à rénover à La Charité-sur-Loire, qui est une importante Ville du Livre. Carlos et moi avons ouvert ce lieu, dont nous nous partageons l’espace, en décembre 2007.
A côté de vos calligraphies, vous y exposez aussi des tableaux abstraits, comment êtes-vous venue à l’abstraction ?
Dans les cultures asiatiques, la calligraphie et la peinture sont considérées comme des activités complémentaires, voire indissociables. Ce n’est pas le cas en Occident, où la calligraphie est regardée avec un peu de condescendance par le milieu des arts plastiques, et je comprends aussi pourquoi. Nous voyons trop de pseudo-calligraphies, faites par des gens qui n’ont aucune formation et qui confondent calligraphie et écriture. Il faut bien souligner que l’écriture, qui doit d’abord être lisible et où on attache plus d’importance au contenu du texte qu’à la forme de l’ensemble, n’a rien à voir avec la calligraphie, qui elle, n’a pas forcément besoin d’être lue. La calligraphie est l’art du trait. Une calligraphie est un assemblage de traits, qu’elle soit lisible ou non. L’ensemble doit être harmonieux et vivant. Les couleurs jouent un rôle important, mais la forme prime sur la couleur. Au début de ma formation, je pensais que la calligraphie se limitait à « la belle écriture », mais je me suis vite rendue compte qu’il fallait beaucoup d’années de pratique avec un professionnel pour accéder à un certain niveau. Je déplore vraiment le fait que des gens qui ont fait un ou deux stages de calligraphie avec n’importe qui, se proclament tout de suite calligraphes, et donnent une mauvaise image de cette discipline. Comme la plupart des gens ne savent pas juger si un travail est bon ou mauvais, tout est possible. Le geste en calligraphie est très précis, et sans un long apprentissage des formes classiques, il ne peut y avoir d’expression. Au moins dix années de pratique, avec un bon professeur, sont nécessaires pour la maîtrise des traits. Pour cela, il convient de se remettre en question sans cesse et d’accepter de faire des erreurs. Sans critique sévère, on ne peut avancer, on finit par répéter les mêmes erreurs sans s’en rendre compte. Il faut savoir mettre sa fierté en veille quelquefois.
Si je n’avais pas assimilé toutes ces formes classiques, je n’aurais jamais pu
pratiquer la calligraphie gestuelle abstraite comme je le fais aujourd’hui. Même si les formes sont abstraites, les mouvemts que j’effectue sont des gestes calligraphiques, en quelque sorte, les traits qui composaient les lettres sont décomposés et recomposés afin de former une image abstraite.
Quels outils et quels techniques utilisez-vous ?
Tout dépend du type de travail que l’on fait. Pour une gothique, j’utilise les plumes larges de Brause, ou les Automatic Pens, pour une chancellerie, j’utilise les Brause ou les plumes Mitchell. Pour une lettre Anglaise, très délicate, j’utilise des plumes Zig-zag, Hiro, ou encore de toutes petites plumes comme certaines plumes de la marque Brandauer. Malheureusement, ce sont des outils que l’on ne trouve pas facilement aujourd’hui.
On trouve certaines plumes dans le commerce en France ou chez des collectionneurs, d’autres plumes sont seulement disponibles chez des marchands étrangers, en Allemagne, en Belgique, aux États-Unis…. Puis, il y a la plume d’oie bien sûr, qui reste le meilleur outil. J’utilise également le pinceau chinois, ou parfois un simple bout de bois ou de carton.
Comme couleurs, j’utilise l’aquarelle, la gouache, les pigments, l’encre de Chine en bâton, ou encore l’encre taille-douce pour les monotypes et les gravures. On peut aussi fabriquer une encre maison très facilement. Une bonne encre doit «coller» en quelque sorte à la plume, et ne pas être trop liquide. Elle a tendance à se solidifier avec le temps, d’où la nécessité d’y rajouter un peu d’eau de temps en temps.
En ce qui concerne le papier, presque tous les papiers sont utilisables : papiers aquarelle, Bristol, papiers des Moulins divers, et évidemment le parchemin pour des travaux plus prestigieux.

Peut-on faire de la calligraphie avec un stylo-plume et de l’encre traditionnelle?
Je n’utilise jamais de stylo-plume, certaines marques ont fait des plumes spéciales pour la calligraphie, mais le résultat s’avère assez décevant, vu que l’encre coule trop vite, et qu’il est impossible d’obtenir des déliés avec ce genre d’outil. Sans oublier que , quand on ne les utilise pas tout le temps, l’encre peut boucher le conduit de la plume.
Peut-on vivre de la calligraphie aujourd’hui ?
Je dois dire que je ne vis pas exclusivement de mon art, je consacre beaucoup de temps à réaliser plaquettes, livres et autres publications assistés par ordinateur,mais j’essaie toujours d’apporter des éléments vivants, j’intègre mes créations personnelles dans mes mises en pages, et je soigne particulièrement la typographie. Il faut savoir que les calligraphes «professionnels» restent une petite minorité, la plupart ne vivent pas de leur plume et mènent d’autres activités, soit comme graphiste, soit comme professeur, car cette profession n’est pas réglementée, et n’importe qui peut se déclarer calligraphe et s’installer à son compte.
Votre travail a-t-il fait l’objet de publications ?
Mon travail a fait l’objet de publications diverses, notamment dans des revues d’art comme Art & Métiers du Livre, Pixel Création, la revue Plumes. J’ai également illustré un texte de Vercors, «Les Mots» publié aux Éditions Alternatives,Paris, 2004. En 2006, Carlos et moi avons publié un recueil de poèmes inédits, écrit par Lionel Ray, et imprimé par un atelier de typographie-plomb, la Zone Opaque, illustré avec 4 de mes gravures Un tirage de 46 ex. seulement, sur papier fait main du Moulin Capellades, il s’agit d’un livre de collection. J’ai également édité une quarantaine de cartes de voeux, et des gravures à tirage limité. J’expose mon travail en permanence dans mon atelier, et je participe à des expositions ponctuelles régulièrement.
Si vous recherchez un calligraphe pour une demande spécifique ou un projet…contactez nous, merci
Mots-clefs : calligraphie, cours calligraphie, Els Baekelandt
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