Waterman Patrician: Grandeur et déclin d’un stylo mythique

Patrician …patriciens.. à l’origine.. les familles aristocratiques de la Rome ancienne ; un drôle de nom pour un stylo-plume lancé à grand fracas de publicité en ce Noël 1929 par Waterman quelques semaines après le séisme boursier de New-York d’octobre.

Marquer les esprits..telle est l’intention de cette marque confrontée à une concurrence féroce  de la part de Wahl-Eversharp, Parker et Sheaffer sur ses marchés de prédilections : l’entrée et le milieu de gamme.

Très conservatrice au regard d’un marché demandeur de nouveautés, de couleurs et de formes différentes, Waterman laisse passer l’arrivée d’une nouvelle matière : le celluloid.

Expérimentée via de nombreux brevets par Leboeuf ( 1919 ), Sheaffer lance une première production industrielle de stylo en celluloid en 1924.

Celluloid ?

Une matière plastique d’origine végétale permettant la fabrication de stylos aux formes et coloris variés là où l’ébonite règne en maîtresse incontestée imposant des formes cylindriques et un choix réduit de couleurs.

Le Patrician marque donc l’entrée haut-de-gamme de Waterman dans la bataille des matières.

Ce stylo est et demeure le symbole d’un savoir-faire unique, d’inspiration Art-Déco.

Pour ce faire, le budget publicitaire d’un million de dollars permet une couverture médiatique sans précédent via des pages presse couleurs entre autres.
Avec ses 14 cm et son diamètre de 1,3 cm ; chaque Patrician requiert plus de 300 opérations manuelles avant de voir le jour.
Ce stylo de taille imposante est doté d’une grande plume en or 14 carats portant l’inscription Waterman Patrician. Sur les premiers modèles les clips possèdent des rivets, vestiges des anciens systèmes de fixation Waterman.
Au moment de son lancement, Waterman pousse le détail de l’élitisme en nommant les couleurs du noms de pierres précieuses :
Noir de jais, onyx ( rouge et crème ), turquoise ( bleu et or ), émeraude (vert jade ) et nacre ( nacre et noir ), en 1932, un modèle  moss agathe ( vert, brun noir ) sera édité.

Pour sa clientèle féminine, le Lady Patricia, déclinaison en taille plus modeste de Patrician sera produit à partir de 1930  et portera des numéros
( 5, 7…… ).
Au moment de son lancement et pendant quelques mois, le Patrician va connaître un succès fulgurant mais cela ne va pas durer.
Plusieurs raisons vont conduire Waterman à stopper la production en 1939.
Certes le contexte économique de la crise de 1929  va rendre plus difficile la vente de ce produit luxueux mais c’est aussi et surtout la persistance d’un esprit trop conservateur qui va provoquer la fin de ce stylo. Dans les années 30, le goût du public est surtout orienté vers des formes arrondies en phase avec le design de l’époque.
Sheaffer et Wahl l’ont bien compris et lancent à la même période des stylos correspondant à ces attentes.

De même, Waterman ne verra pas la menace du Parker Vacumatic lancé en 1933 et proposant un système de remplissage plus compétitif.
Dès 1935, la fabrication se réduit à trois coloris et en 1935 , la campagne de promotion du Patrician sera arrêtée au profit de stylos plus milieux de gamme.
A noter que le superbe celluloid utilisé sur ce stylo se retrouve parfois sur des modèles d’autres marques : face à la crise, certains fabricants mutualisèrent les stocks de matière première afin de réduire les coûts.
Le Patrician est un très beau stylo, mythique,  imposant et difficile à trouver, ce qui est encore plus le cas pour ses pièces détachées !
D’ici quelques temps, cet article sera agrémenté d’affiches d’époques, si vous avez des photos ou des informations n’hésitez pas à nous contacter pour enrichir cet article.
De même, si vous recherchez un Patrician pour votre collection, n’hésitez pas à nous contacter.
Ce stylo est actuellement disponible sur notre site ici
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